A propos de l’artiste

Dualité et paradoxe : allers et retours entre classicisme et abstraction

Etant enfant je passais un temps phénoménal à l’observation de la Nature. J’étais surtout fascinée par le monde des insectes et par les étoiles. L’infiniment petit et l’infiniment grand. Aussi je passais mon temps à dessiner, pour garder une trace de mes observations surtout. Je dessinais à peu près tout le temps, au stylo Bic le plus souvent. Je me fichais de ce que les gens pensaient de mes dessins tant qu’ils me plaisaient à moi.

Cependant j’ai commencé à récolter quelques éloges, et j’y suis devenue sensible : finalement il était plaisant de voir l’admiration dans les yeux de mes semblables. Je suis devenue inquiète de mes dessins. Etaient-ils assez bons ? Je devins une adepte de la procrastination, finissant rarement mes compositions de peur qu’elles n’atteignent pas le niveau d’excellence que je m’étais fixée. Au collège je reçu une première instruction artistique, je fis partie d’un club que j’étais quasi seule à animer. J’écourtais ma pause du midi pour réaliser une fresque pariétale immense avec pour thème la forêt. A cette époque j’avais découvert les préraphaélites comme John Everett Millais ou Leighton, qui ornait mes livres de chevet sur le cycle arthurien ou la mythologie. Je commençais à être intimidée par le talent immense de mes prédécesseurs et ça ne s’améliora pas au lycée où je commençais les cours d’Histoire des Arts dés la seconde. Par où commencer ? Que faire qui n’avait pas déjà été fait ? La lumière au bout du tunnel se présenta à moi en la personne d’une femme, professeur de dessin à la verve débordante, et qui m’appris le lâcher prise. Moi qui voulais tout contrôler au risque de m’asphyxier, je commençais à prendre un plaisir indicible à laisser arriver l’accident, à jouer avec la texture. J’avais retrouvé ma joie sauvage, ma curiosité d’exploratrice. Je découvris des artistes qui allaient devenir des phares dans la nuit pour moi, comme Francis Bacon dont le sens du tragique et l’humour noir m’émouvait profondément.

Mon professeur me poussa à présenter mes travaux à des professionnels lors du salon d’Automne de ma ville et j’obtins un prix dans la catégorie « Jeune peinture ». Je fus contactée par un galeriste à la suite de cette exposition mais la maladie puis la mort de mon mentor m’ébranla profondément. Mon sujet d’étude pour le bac eut pour thème « peut-on arrêter le temps grâce à l’art ? » si on arrive à restituer l’émotion d’un moment en peinture est ce que ce moment dure éternellement ? Est-ce un leurre ? J’obtins la note de 19 et mon bac en poche avec une mention, je partie faire mes études à l’Ecole Supérieure des Arts Et Industries Graphiques Estienne à Paris.

A Paris je touchais à de multiples techniques, reliure, gravure, calligraphie, mais le classicisme du cursus anesthésiait mon âme de vagabonde. Je me retrouvais de nouveaux avec mes vieux démons : la perfection du trait jusqu’à l’absurde était érigé en dieu. Et j’étais entourée d’élèves ravis de s’user les yeux pendant 15 heures sur un papier froissé pour en réaliser l’image quasi photographique. Je tins bon pendant presque trois ans, puis je claquais la porte pour ne plus revenir.

A l’époque il me fallut trouver un travail rapidement. J’avais 22 ans, je savais dessiner et j’avais une excellente culture en Arts et en Histoire. Je devins guide touristique dans un château. C’est ce que je fais encore aujourd’hui, bien qu’en plus j’anime des ateliers artistiques pour les enfants.

En parallèle je dus panser mon égo écorché par les stéréotypes académiques de l’école. Je pense sincèrement que tout le monde n’est pas fait pour s’épanouir dans ce genre d’institution. Il y en a à qui ça convient, il y en a d’autres, des rêveurs comme moi, que la machine broie durablement. Je mis des années à redessiner, et à y prendre plaisir.

C’est grâce aux réseaux sociaux que je commençais timidement tout d’abord à montrer de nouveau mes travaux. Peu à peu, un cercle d’amis nouveaux se créa, des gens bienveillants me soutinrent. Une démarche naquit, forte de mes expériences passées. J’étais toujours amoureuse de la Nature, et surtout des félins, j’étais toujours à la recherche de la lumière, de l’espace, de l’infini, et de capter l’émotion pour faire vivre durablement les moments, les vies trop courtes qui nous traverse.

Car enfin de compte l’émotion est le moteur de nos vies.

Tout le paradoxe est là pour moi…

Se laisser porter mais en même essayer d’en retenir ne serait ce qu’une infime partie, même un grain de sable.

TECHNIQUES

En bonne boulimique j’ai touché à énormément de choses j’ai même une formation en dorure sur bois ( !)    J’essaie cependant de laisser parler ma sensibilité et mon gout de « l’accident » aussi  j’ai une prédilection pour les techniques aqueuses (aquarelles, encre) et pour l’acrylique fluide (pouring).

On peut séparer mon travail en deux grandes catégories :

  • Un travail assez classique généralement réalisé à l’aquarelle ou à l’encre, où le sujet est représenté de manière réaliste, avec un travail de la ligne et du cerne qui rappelle parfois mon amour pour Mucha. J’aime d’avantage travailler l’encre que l’aquarelle car j’y retrouve des couleurs plus vibrantes et transparentes mais souvent mes clientes aiment mon rendu à l’aquarelle pour son aspect plus réaliste.
  • Un travail plus fantasque où je laisse filer le médium avec une certaine idée chromatique en tête mais en laissant les formes naitre librement, puis j’examine le rendu et interviens en intégrant un élément figuratif qui donne tout son sens à la composition et lui donne une orientation (nostalgie, joie…) là généralement j’utilise l’acrylique ou l’encre.

MES TECHNIQUES A L’AQUARELLE 

Très généralement j’utilise la technique sèche, c’est-à-dire que j’utilise un pinceau humide sur un papier sec. Quand on utilise la technique mouillée, c’est-à-dire le pinceau humide chargé en pigment sur un papier mouillé, on peut obtenir de très jolis effets car le pigment nage et se propage librement sur le papier, mais du coup ça ne permet pas la précision que je cherche généralement.

MES TECHNIQUES A L’ENCRE 

J’adore utiliser la gamme COPIC pour réaliser mes sujets à l’encre à alcool. La variété des couleurs, la qualité, la facilité d’utilisation en font mon encre de prédilection. Il m’arrive d’utiliser aussi les feutres posca qui sont les plus couvrants pour les couleurs claires.

Quand j’utilise l’encre pour les fonds, je peux me contenter de coucher les couleurs les unes après les autres en les superposant parfois, si j’utilise un papier classique. Mais j’utilise aussi parfois un papier particulier appelé Yupo (du nom du distributeur japonais, leader du marché) ou Lanavanguard. Il ne s’agit pas réellement d’un papier de cellulose puisqu’en réalité c’est un support en polypropylène. Je connais ce produit depuis longtemps car mon père était photograveur et ramenait fréquemment des chutes de papier de tout et n’importe quoi. Or initialement, ce produit a été créé pour les imprimeurs, notamment pour les cartes, les menus etc. Sa particularité est d’être hydrophobe, ce qui fait que le pigment reste en surface, permettant de jouer avec ses effets et d’obtenir d’intéressantes transparences.  La technique que j’emploie se décline avec de l’alcool et de l’encre. Il ne faut pas  confondre le papier yupo et le papier photo qui est impropre à cet usage.

MES TECHNIQUES A L’ACRYLIQUE 

L’acrylique est un médium extrêmement polyvalent, même si son « défaut » est qu’il sèche vite, contrairement à l’huile. Ça oblige à travailler en conséquence. J’adore faire des essais de textures avec l’acrylique, même si je connais ce médium depuis plus de 25 ans, je prends toujours autant de plaisir. On peut gratter, recouvrir, découvrir… J’aime particulièrement utiliser la technique dite du « pouring » qui consiste à pratiquer de grandes coulées de peintures directement sur la toile. J’aime aussi utiliser utiliser une couleur de fond que je révèle par grattement.

Le pouring

Ça nécessite un peu de préparation, mais le résultat est toujours stimulant. On prépare les couleurs qu’on veut utiliser dans un godet avec environ un tiers de peinture, un tiers de glassificateur, une bonne dose d’huile de silicone, et on rajoute de l’eau jusqu’à ce que la peinture soit souple mais filante. Attention c’est un peu salissant, je travaille généralement dans une auge et avec une bâche.

Couleur de fond double

je commence par peindre plusieurs aplats de couleurs que j’imbrique sur la toile avec une grosse brosse ou un rouleau, je laisse sécher complètement, puis je repeins par-dessus un fond entièrement uni. Ensuite, rapidement pour éviter que ça ne sèche, j’évide certaines parties pour laisser entre apercevoir le fond.

 Une fois que mon fond a suffisamment d’impact visuel pour moi, je vais imaginer quel figure se marierait bien avec et je la peins ensuite à main levé pour l’incorporer au tableau.